nirvana

« Come as you are » – Nirvana / 1991

« Come as You Are » est un des morceaux les plus calmes de la carrière de Nirvana, en dépit des violents contrastes qui l’agitent. Arpège introductif serein et refrain hargneux l’ont rendu célèbre.
Les paroles sont assez floues et ambiguës. Certains journalistes évoquent la consommation d’héroïne du groupe, d’autres voient un titre en hommage à la tolérance raciale.
On peut aussi y voir l’hymne du mouvement « grunge », ce genre musical typique des circuits rock indépendant américain du début des 90’s influencé par le punk, le hardcore et le métal.
Ce mouvement est la bande son d’une jeunesse américaine désœuvrée et baignant dans l’ennui, la génération X ( jeunes blanc américains  précaires des classes moyennes). L’absence de look (les « grunges » s’habillent avec des vêtements de récupération) , le féminisme (proximité du mouvement Riot grrrl)  et  le refus du consumérisme sont les mots d’ordres, non définis comme tel, de cette génération désabusée.

Nirvana
Kurt Cobain et sa bande fréquentent les scènes indépendantes hardcore et alternatives des collèges américains: The Melvins, Sonic Youth, Black Flag…. Au début de 1988, le groupe enregistre une première maquette pour le label de Seattle Sub Pop. A cette époque, une véritable scène underground existe à Seattle avec les groupes Soundgarden. Mudhoney, Tad ou autre The Walkabouts. En 1991, le trio sort Nevermind. Nirvana met, sans le chercher, le grunge en pleine lumière, dévoilant un mode d’expression mêlant punk, hardcore, heavy metal et rock alternatif, entre pensées désabusées et rage qui menace. Les habits sont troués, sales, les cheveux longs et gras, la barbe naissante…Nirvana est à contre courant de la pop sexy et commerciale des années 80, des marques publicitaires et du style « propre sur soi ». « Come as you are » est un peu l’hymne de ce mouvement.
Bien que Smells Like Teen Spirit passe en boucle sur MTV, le groupe ne joue pas le jeu de la promotion. Kurt profite du succès pour afficher son désespoir adolescent et le rejet de la société américaine qu’il trouve détestable.
Pris dans la spirale infernale de la dépendance à la drogue, incapable de surmonter les contradictions qui l’assaillent et sa solitude Kurt Cobain se suicide chez lui à l’âge de 27 ans, le 5 avril 1994 et entre dans la légende. Les autres membres du groupe continueront son le nom de Foo Fighters.

 

« Like a Virgin » – Madonna / 1984

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Madonna s’est affirmée bruyamment avec cette chansons à une époque, le début des années 80, qui voit arriver le SIDA et revenir le puritanisme. En effet, fraîchement élu le président des Etats-Unis Ronald Reagan, remet en cause la libération des mœurs des deux décennies précédentes.
Lorsque elle sort, les groupes religieux réactionnaires ont cherché à censurer cette chanson: sexe hors mariage, valeurs de la famille et image « répugnante » de la femme, tout est bon pour l’ordre moral. Mais avec ce titre Madonna s’impose et exercera une influence profonde sur la jeune génération et affiche l’image d’une femme qui ne remballe pas sa sexualité ni son désir, devenant une des icônes des combats pour les droits des minorités, notamment LGBT. Dans sa foulée d’autres femmes, vedettes adulées et suivies, des Beyoncé, Lady Gaga et autres Katy Perry ont creusé leur sillon souvent marqué de prises de positions claires quant à la liberté et les droits des femmes, tout en dansant ! Madonna est aujourd’hui perçue comme une femme forte, confiante, en accord avec la nouvelle génération et toujours créative.

Madonna
Issue d’une famille nombreuse d’origine italienne Louise Madonna Ciccone, reçoit une éducation catholique dans le passionnat qu’elle fréquente à la fin des années 70. En 1978, elle s’envole pour New York. Au cours d’une audition, elle se fait remarquer par deux producteurs, qui l’engagent pour accompagner en France le chanteur disco Patrick Hernandez (responsable du tube mondial « Born To Be Alive »). Mais la future « star sexy » des 80’s est ambitieuse et ne compte pas seulement faire de la figuration. De retour à New York elle produit « Holiday » qui sera son premier vrai succès. Consciente de l’importance du look et de la mode, elle façonne son style avec une image sexy, moitié punk, moitié midinette, avec bas résilles et crucifix, bientôt copiée par des hordes de jeunes filles. Lorsque sort « Like a Virgin »,  l’Amérique puritaine rue dans les brancards. Madonna est considérée par certains comme une mauvaise influence pour la jeunesse (trop irrespectueuse, trop sexy, trop scandaleuse…).  Mais cette femme moderne au tempérament rugueux sait ce qu’elle veux et restera toujours au top, bravant la concurrence et les modes comme l’illustre les nombreuses hits et clips a venir (« Into The Groove » « Like A Prayer » « Papa Don’t Preach » » »Music »). Jouant volontairement et spectaculairement d’un look « sexy », elle impose sa vision de la femme libre à la face du monde.

 

Billie-Jean

« Billie Jean » – Michael Jackson / 1982

Avec « BiIlie Jean« , Michael Jackson marque le passage de la chanson pop à la starification des pop stars. Il y a un avant et un après Billie Jean. Désormais la musique ne suffit plus, elle est accompagnée d’un clip-vidéo (apparition de la chaine musicale MTV), d’une esthétique propre (look, image, chorégraphie). 
Les USA vont désormais marier Pop et Cinéma afin d’inonder le monde d’image. ( prolifération des satellites, des chaines TV thématiques, etc.) Michael Jackson, deviendra une star planétaire. Mais tout bien considéré, reconnaissons à ce titre et son histoire (prémonitoire ?) de vraie/fausse paternité, son immense efficacité et une pulsion effarante.

Michael Jackson
Lorsque paraît « Thriller » le 1er décembre 1982,  Michael Jackson est déjà une immense star  dans la communauté noire américaine. Avec ses frères et leur groupe de boogie-funk, les Jackson 5, il enregistre depuis 1971 sur le label Motown.
« Thriller » provoque un raz-de-marée, avec les tubes, « Billie Jean » et « Beat It », qui caracolent  à la tête des classements pendant trente-sept semaines, dépassent les trente millions d’exemplaires, un chiffre jamais vu dans le métier. Les singles s’enchaînent : « Wanna Be Startin’ Somethin’ « Human Nature » , « P.Y.T (Pretty Young Thing) » , et le redoutable « Thriller » (dont le vidéo clip est un véritable court-métrage). Thriller totalise huit Grammy Awards.
1983 est l’année Michael Jackson à travers le monde. Ce n’est plus seulement un chanteur mais un mythe vivant. Il a compris l’importance des clips vidéo et profite de l’arrivée de la chaine de télévision MTV qui diffuse désormais de la musique continuellement pour imposer ses mini-court métrages, son look (gants de diamant, blouson rouge..) et ses chorégraphies (Moonwalk, Battle de Zombies,etc..). Mais dévoré par la démesure de sa carrière et les outrances d’un show-business avide de succès, il va entrer dans une  longue et pénible errance qui s’achèvera sur son décès tragique en 2009.

 

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« Hot Stuff » – Donna Summer / 1979

Le disco à son summum ! « Hot Stuff » le single de Donna Summer sort en avril 1979 sur l’album Bad Girls. Bien que produit dans une option disco par l’italo-allemand Giorgio Moroder, cette chanson de la diva s’ouvre aux influences rock,  par le solo de guitare de Jeff Baxter (Doobie Brothers). Les rythmiques répétitives et les arrangements soignés qui caractérisent le disco, ce nouveau genre festif et dansant, vont vite sortir des night-clubs, influençant les artistes pop qui s’y essayent vite, de Blondie, à Claude François, ou Rod Stewart; puis marqueront de nouvelles générations: Madonna, Daft Punk, Mika etc… En 2015, on entend , « Hot Stuff », dans le film  « Seul sur Mars » de Ridley Scott. Imparable sur une piste de danse…

Donna Summer
Après avoir été recalée du casting de la comédie musicale “Hair,  Donna Adrian Gaines née le 31 décembre 1948 près de Boston, s’installe en Allemagne et participe à plusieurs comédies musicales et devient choriste.
C’est à Munich, qu’elle rencontre le producteur Giorgio Moroder. En 1975, ce dernier bâti autour des gémissements de la chanteuse un titre disco surfant sur la nouvelle vague musicale. Très pieuse, Donna est plutôt réticente à exploiter ce titre (elle rejoint plus tard les « Chrétiens évangélistes »).
Cependant ce morceau, Love to Love You, Baby, lui ouvre les portes du succès aux Etats-Unis. Bientôt  elle deviendra l’icône d’un mouvement disco.
En 1979, Donna, que l’on surnomme la Cendrillon moderne, ajoute du funk, du rock (les parties de guitares, notamment) et  de la pop dans sa musique et connait un immense succès avec le titre “Hot Stuff”.
Ce titre aura une influence indéniable tant sur les artistes pop-dance des années 80 (Madonna, Pet Shop Boys, Michael Jackson…) ainsi que sur les mouvements technoïdes en pleine émergence.
Elle nous a quittés en 2012 en Floride après avoir vendu plus de 130 millions de disques dans le monde.

 

« Ziggy Stardust » – David Bowie / 1973

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Prenant le contre-pied d’ un rock « progressif » bavard et prétentieux où la virtuosité des musiciens rapproche la pop de la musique classique, le glam-rock (appelé également glitter rock pour sa branche la plus prolétaire) se développe en Grande Bretagne, au début des années 70. Cette tendance expressionniste, tant visuelle que musicale met l’élégance, la préciosité et les paillettes au centre du débat de la pop culture.. Roxy Music, T.Rex ou Slade en sont de bon exemple. Mais la vraie star du mouvement est David Bowie, sophistiqué en diable, qui met le spectacle et le jeu des apparences au cœur du rock. Son interprétation de « Ziggy Stardust » (un extraterrestre humaniste qui n’a plus que cinq années à vivre) pose les bornes de ce style (maquillage, tenue de scène) qui se  renouvelle cycliquement (le groupe Kiss aux Usa fin 70’s, Visage dans les 80’s, Marilyn Mason plus récemment….). Le monde de la mode ne s’en est pas encore remis !

David Bowie
Ancien Mod – nom donné à ces jeunes anglais soigneusement sapés qui roulaient  à scooter en bandes et aimaient la soul music et la bagarre
– David Bowie a toujours été un artiste « avant-gardiste » cultivé est curieux
Il a su conjuguer ses centres d’intérêt théâtre, mime, Bauhaus et expressionnisme  allemand, photographie japonaise… et toujours a eu un déclic d’avance. Il est l’une des premières pop star à s’intéresser aux musiques électroniques, à la musique des jeux vidéo, à l’internet et aux clips.. Il fut le premier artiste blanc majeur à passer à « Soul Train » l’émission TV américaine consacrée aux musiques soul et funk mais il a aussi produit et fait découvrir des artistes plus « sauvages » tel Iggy Pop et Lou Reed. Considéré comme un des « 50 plus grands artistes de tout les temps » par le magazine Rolling Stone, David reste aussi pour être la figure majeure du style glam rock avec les personnages qu’il a créés : Major Tom, Alladin Sane et surtout Ziggy Stardust.

 

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« Stir it up » – Bob Marley / 1973

Lorsque Bob Marley sort  «  Stir it up » en 1973, le monde entier découvre toute une culture : un pays, la Jamaïque; une philosophie, le rastafarisme, ainsi qu’une musique : le reggae. Invitation à la danse et à la langueur, il se caractérise par un rythme binaire syncopé par le décalage du temps fort. Il mélange des courants musicaux comme le le rocksteady, le ska ou le calypso avec le blues, le rythm’n blues et la pop venus des Etats-Unis proches et de Grande Bretagne, ancienne puissance coloniale. Bob Marley, le chef de file du genre, est considéré comme le haut-parleur de ceux qui souffrent dans les « ghettos ». Son propos est appuyé sur la philosophie rasta qui postule au retour des « fils d’esclaves » vers leurs « racines » en Ethiopie auprès de Aïlé Sélassié, son empereur, considéré comme le père de cette mystique.. Le style ne cesse de se renouveler jusqu’à aujourd’hui (Jimmy Cliff, Shaba Rank, Tikka jah Fakoli, le Dub…).

Bob Marley
Fils d’un militaire britannique blanc qu’il connait à peine et d’une très jeune jamaïcaine noire, Robert Nesta Marley ((6 février 1945) grandit dans les bidonvilles de Kingston. Avec ses amis Bunny Livingston et Peter Tosh, il fonde les Wailers et obtient un succès local den jouant du ska, du rocksteady et du blue Beat). En 1972, le producteur anglais, Chris Blackwell, fils de richissimes planteurs coloniaux parti à Londres créer son label pop/rock, Island, produit le groupe et vise le public international. Après plusieurs tournées couronnées de succès à travers le Royaume-Uni où il trouve un écho formidable auprès de la communauté jamaïcaine, et les Etats-Unis, l’album « Burnin » l’impose comme un artiste majeur. Les titres « Get Up Stand Up » et « I Shot The Sheriff » sont des tubes mondiaux. Bunny et Peter ont quitté le groupe. Il fait découvrir au monde entier la musique “reggae”, la Jamaïque et ses problèmes sociaux ainsi que la philosophie “Rasta”. Mort à 36 ans en pleine gloire, il reste une légende, une sorte de porte-parole des démunis et des opprimés. Son oeuvre est immense et son message pacifiste et anti-colonialiste porte toujours…

 

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« Whole Lotta Love » – Led Zeppelin / 1969

« Whole Lotta Love » reste comme une des chansons les plus singulières enregistrée par Led Zeppelin. Les paroles d’amour plutôt prudes du bluesman Willie  Dixon, sont transmuées par Robert Plant en véritable orgie avec des cris orgasmiques précédent un « break » musical qui annonce l’un des plus puissants et métaphoriques solo de guitare jamais joué par Jimmy Page. Le titre est joué en rappel de chaque concert provoquant le délire des fans. Il faut dire que les chansons d’amour des années 60 se sont transformées en apologie du sexe sous le regard inquiet des adultes, profs, parents, curés et autres forces de l’ordre…Les fans adorent. Ils jouent un rôle prépondérant dans l’émergence du hard rock: d’abord anglais (Deep Purple, Black Sabbath)  il gagne le cœur des américains (Kiss, Aerosmith, Van Halen…) puis du monde entier et devient métal: les allemands de Scorpions, les brésilien de Sepultura ou les français de Gojira. Mais surtout le style se réinvente en permanence en une multitude sous-genre dont les amateurs raffolent. heavy-métal, hard FM, thrash metal, death metal, doom metal, ou metal gothique : on s’y perdrait. Bien plus que les groupes eux-mêmes, ce sont les fans qui font vivre le genre comme le prouve chaque année le Festival Hell-Fest , sorte de réunion annuelle intergénérationnelle des « metalleux ».

Led Zeppelin
Dès sa création en 1968, Led Zeppelin révolutionne la musique pop. Ce groupe anglais dépasse même les Beatles dans le cœur des adolescents durant les années 70. Clef d’un  succès commercial colossal (plus de 300  millions d’albums à travers le monde ) le rock lourd de Led Zep, sorte de blues saisissant de violence met en abîme la voix puissante de son chanteur, Robert Plant, et les riffs et solos de son guitariste virtuose, Jimmy Page. Ce duo guitar-hero/ chanteur hurleur associé  à une rythmique basse/batterie inimitable va poser les bases d’un genre nouveau : le hard rock. Toutefois c’est aussi par des mélodies magnifiques au parfum folk que Led Zeppelin va produire une influence énorme sur toute l’histoire du rock depuis 1970. « Whole Lotta Love », titre repris au bluesmen Willie Dixon, illustre bien la musique de Led Zeppelin où se succèdent alternativement moments de calme et déferlante sonique. Le groupe a également bâti sa légende avec des prestations scéniques hors normes, avec des improvisations de guitare ou des batteries de 10 minutes.
Après la mort du batteur John Bonham à 32 ans, le groupe se dissous en 1980.

 

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« The partisan » – Leonard Cohen / 1969

Cette chanson a une belle histoire. Écrite par Anna Marly, en russe en hommage à la résistance soviétique, puis devenue le bien plus célèbre Chant des Partisan avec des paroles de Joseph Kessel et Maurice Druon,  elle devient la Complainte du Partisan après qu’un éminent résistant français, Emmanuel d’Astier de la Vigerie, en eût composé les paroles. Hy Zaret, un prolifique auteur de succès américain entend cette chanson sur la BBC pendant la guerre : elle l’émeut, il en fait la traduction. Longtemps il passera pour son auteur. En 1969, Léonard Cohen, artiste canadien, figure montante de la « contre culture » nord-américaine exhume cette chanson alors oubliée et lui donne une seconde vie, mêlant textes français et anglais. Elle a depuis été reprise par de nombreux chanteurs en France et aux États-Unis. Sur le mode de la complainte, c’est à dire un récit plaintif chargé de mélancolie, la chanson fait parler un personnage qui, sans joie et sans passion apparente, s’engage dans un combat dont il connaît l’issue certaine: la prison, la douleur, la mort. Mais il refuse de vivre à genoux et sait que la liberté reviendra. On note qu’il n’y a aucune ferveur dans le propos, aucune glorification en est attendue, alors que le prix à payer (perdre femme et enfants) est énorme: quand la liberté reviendra, on retournera dans l’ombre de l’anonymat.

Leonard Cohen
Leonard Cohen, né le 21 septembre 1934 au Québec et mort le 7 novembre 2016, est un auteur-compositeur-interprète, musicien, poète, romancier et peintre canadien.
Les premières chansons de Cohen (principalement celles de Songs of Leonard Cohen, 1967)  imposent sa musique folk qui évoluera pus tard vers une pop plus synthétique .
Sa poésie et ses chansons abordent des thèmes aussi divers que l’amour, la religion, la solitude, la sexualité et la complexité des relations entre les hommes. Et les femmes qui occupent un grande place dans sa vie et dans son imaginaire. On compte plus de 1500 reprises de ses chansons, notamment le Partisan,  Suzanne, Sister of Mercy, Bird on Fire.
Au fil des années 70 sa stature sera l’égale de celle d’un Dylan ou d’un John Lennon, celle d’un artiste majeur.
Cohen est introduit au Rock and Roll Hall of Fame en 2008.  Son œuvre poétique a été récompensée par le Prix Prince des Asturies des Lettres 2015.

 

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« Stand » – Sly and the Family Stone / 1969

Stand ! est le titre d’ouverture de l’album du même nom publié par Sly and the Family Stone en 1969. Dès sa parution il sera repris, notamment par les Jackson Five, le groupe de Michael.
C’est leur prestation au festival de Woodstock qui impose le groupe comme symbole d’une époque où l’on brise les murs et les tabous. Le groupe est mixte : noirs/blanc,  hommes/femmes et mélange rock et soul. C’est une première dans l’histoire de la pop.
Son alchimie soul, rock et funk est remarquable et explosive. A juste titre, Joel Selvin, auteur d’une biographie du groupe, écrit : « Il existe deux types de musique noire : la musique noire d’avant Sly Stone, et celle d’après ». D’ailleurs le groupe sera très souvent samplé par la génération hip hop. Conçu en pleine guerre du Viet-nam et après les émeutes de Watts, qui ont rappelé avec quelle violence la société américaine parque les minorités, notamment afro-américaines, le titre et l’album du même nom sont un appel à la résistance digne. Les fragments de comptines que l’on entend ici et là nous révèlent la confiance et la tendresse avec lesquelles Sly regarde l’avenir et les enfants des ghettos. Mais l’espoir sera de courte durée. Le disque suivant, brûlant, s’appelle: There’s a Riot goin’ on.

Sly and the Family Stone
Originaire de San Francisco, Sly and the Family Stone mélangent funk, soul, rock et musique psychédélique. Actif entre 1967 et 1983, le groupe a eu une influence considérable sur de très nombreux artistes pop. Sly and the Family Stone est également l’un des premiers groupes de l’histoire du rock américain comptant des membres de sexes et d’origines éthniques différents.
Dirigé par Sly Stone, le groupe est, comme son nom l’indique, en grande partie constitué de membres de sa propre famille. Les six albums du groupe, ainsi que de nombreux singles, ont tous été bien classés dans les charts et ont eu une influence énorme sur la pop (Prince), le rock (Red Hot Chili Peppers) mais aussi le rap (le groupe a été et reste très souvent samplé). Séparé en 1975 Sly and the Family Stone avait acquis sa notoriété après son très matinal passage au festival de Woodstock. Ils ont été un des phénomènes musicaux les mieux en phase avec la contestation des afro-américains, symbolisée par les Black-Panthers.

 

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« Ain’t got no » – Nina Simone / 1968

Cette chanson issue de la comédie musicale Hair sera magnifiée par Nina Simone, immense artiste et militante des droits civiques. Elle provient de deux chansons. Dans la première, « Ain’t got no » le héros qui n’a plus rien (j’ai pas d’argent, j’ai pas d’éducation, j’ai pas de logement, etc..)évoque la situation désespérée qui va le conduire à s’engager pour faire la guerre du Vietnam. Dans la seconde, I got Life, de retour de la guerre, il constate heureux qu’il est toujours en vie et qu’elle s’ouvre devant lui ( j’ai une âme,  j’ai un cœur, j’ai ma liberté , etc…). La combinaison des deux a permis à Nina Simone de réaliser une splendide métaphore de la situation des afro-américains et, par extension, des minorités  exploitées: privés de tout, ils sont bien vivants et portent l’avenir, semble-t-elle dire.

Nina Simone
Celle qui enregistre plus de cinquante albums au cours de sa carrière et que l’on considère comme  l’une des principales représentantes du jazz vocal, voulait, lorsqu’elle était encore la petite Eunice Kathleen Waymon née en 1933, » devenir musicienne classique mais les réalités de la pauvreté et surtout les préjugés raciaux ont eu raison de ses ambitions. N’empêche: elle est devenue une des chansons les plus connues et admirées au monde. Belle revanche sur le racisme. Son style original est issu de la fusion de chansons gospel et pop. Elle s’engage dans le mouvement de défense des droits civiques et ses textes sont très influents dans la lutte pour l’égalité des droits qui secouent les États-Unis  à cette période. Puissante et radicale, elle est une source d’inspiration pour cette génération mais aussi pour celle à venir, la génération hip hop consciente.