« Ziggy Stardust » – David Bowie / 1973

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Prenant le contre-pied d’ un rock « progressif » bavard et prétentieux où la virtuosité des musiciens rapproche la pop de la musique classique, le glam-rock (appelé également glitter rock pour sa branche la plus prolétaire) se développe en Grande Bretagne, au début des années 70. Cette tendance expressionniste, tant visuelle que musicale met l’élégance, la préciosité et les paillettes au centre du débat de la pop culture.. Roxy Music, T.Rex ou Slade en sont de bon exemple. Mais la vraie star du mouvement est David Bowie, sophistiqué en diable, qui met le spectacle et le jeu des apparences au cœur du rock. Son interprétation de « Ziggy Stardust » (un extraterrestre humaniste qui n’a plus que cinq années à vivre) pose les bornes de ce style (maquillage, tenue de scène) qui se  renouvelle cycliquement (le groupe Kiss aux Usa fin 70’s, Visage dans les 80’s, Marilyn Mason plus récemment….). Le monde de la mode ne s’en est pas encore remis !

David Bowie
Ancien Mod – nom donné à ces jeunes anglais soigneusement sapés qui roulaient  à scooter en bandes et aimaient la soul music et la bagarre
– David Bowie a toujours été un artiste « avant-gardiste » cultivé est curieux
Il a su conjuguer ses centres d’intérêt théâtre, mime, Bauhaus et expressionnisme  allemand, photographie japonaise… et toujours a eu un déclic d’avance. Il est l’une des premières pop star à s’intéresser aux musiques électroniques, à la musique des jeux vidéo, à l’internet et aux clips.. Il fut le premier artiste blanc majeur à passer à « Soul Train » l’émission TV américaine consacrée aux musiques soul et funk mais il a aussi produit et fait découvrir des artistes plus « sauvages » tel Iggy Pop et Lou Reed. Considéré comme un des « 50 plus grands artistes de tout les temps » par le magazine Rolling Stone, David reste aussi pour être la figure majeure du style glam rock avec les personnages qu’il a créés : Major Tom, Alladin Sane et surtout Ziggy Stardust.

 

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« Stir it up » – Bob Marley / 1973

Lorsque Bob Marley sort  «  Stir it up » en 1973, le monde entier découvre toute une culture : un pays, la Jamaïque; une philosophie, le rastafarisme, ainsi qu’une musique : le reggae. Invitation à la danse et à la langueur, il se caractérise par un rythme binaire syncopé par le décalage du temps fort. Il mélange des courants musicaux comme le le rocksteady, le ska ou le calypso avec le blues, le rythm’n blues et la pop venus des Etats-Unis proches et de Grande Bretagne, ancienne puissance coloniale. Bob Marley, le chef de file du genre, est considéré comme le haut-parleur de ceux qui souffrent dans les « ghettos ». Son propos est appuyé sur la philosophie rasta qui postule au retour des « fils d’esclaves » vers leurs « racines » en Ethiopie auprès de Aïlé Sélassié, son empereur, considéré comme le père de cette mystique.. Le style ne cesse de se renouveler jusqu’à aujourd’hui (Jimmy Cliff, Shaba Rank, Tikka jah Fakoli, le Dub…).

Bob Marley
Fils d’un militaire britannique blanc qu’il connait à peine et d’une très jeune jamaïcaine noire, Robert Nesta Marley ((6 février 1945) grandit dans les bidonvilles de Kingston. Avec ses amis Bunny Livingston et Peter Tosh, il fonde les Wailers et obtient un succès local den jouant du ska, du rocksteady et du blue Beat). En 1972, le producteur anglais, Chris Blackwell, fils de richissimes planteurs coloniaux parti à Londres créer son label pop/rock, Island, produit le groupe et vise le public international. Après plusieurs tournées couronnées de succès à travers le Royaume-Uni où il trouve un écho formidable auprès de la communauté jamaïcaine, et les Etats-Unis, l’album « Burnin » l’impose comme un artiste majeur. Les titres « Get Up Stand Up » et « I Shot The Sheriff » sont des tubes mondiaux. Bunny et Peter ont quitté le groupe. Il fait découvrir au monde entier la musique “reggae”, la Jamaïque et ses problèmes sociaux ainsi que la philosophie “Rasta”. Mort à 36 ans en pleine gloire, il reste une légende, une sorte de porte-parole des démunis et des opprimés. Son oeuvre est immense et son message pacifiste et anti-colonialiste porte toujours…

 

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« Whole Lotta Love » – Led Zeppelin / 1969

« Whole Lotta Love » reste comme une des chansons les plus singulières enregistrée par Led Zeppelin. Les paroles d’amour plutôt prudes du bluesman Willie  Dixon, sont transmuées par Robert Plant en véritable orgie avec des cris orgasmiques précédent un « break » musical qui annonce l’un des plus puissants et métaphoriques solo de guitare jamais joué par Jimmy Page. Le titre est joué en rappel de chaque concert provoquant le délire des fans. Il faut dire que les chansons d’amour des années 60 se sont transformées en apologie du sexe sous le regard inquiet des adultes, profs, parents, curés et autres forces de l’ordre…Les fans adorent. Ils jouent un rôle prépondérant dans l’émergence du hard rock: d’abord anglais (Deep Purple, Black Sabbath)  il gagne le cœur des américains (Kiss, Aerosmith, Van Halen…) puis du monde entier et devient métal: les allemands de Scorpions, les brésilien de Sepultura ou les français de Gojira. Mais surtout le style se réinvente en permanence en une multitude sous-genre dont les amateurs raffolent. heavy-métal, hard FM, thrash metal, death metal, doom metal, ou metal gothique : on s’y perdrait. Bien plus que les groupes eux-mêmes, ce sont les fans qui font vivre le genre comme le prouve chaque année le Festival Hell-Fest , sorte de réunion annuelle intergénérationnelle des « metalleux ».

Led Zeppelin
Dès sa création en 1968, Led Zeppelin révolutionne la musique pop. Ce groupe anglais dépasse même les Beatles dans le cœur des adolescents durant les années 70. Clef d’un  succès commercial colossal (plus de 300  millions d’albums à travers le monde ) le rock lourd de Led Zep, sorte de blues saisissant de violence met en abîme la voix puissante de son chanteur, Robert Plant, et les riffs et solos de son guitariste virtuose, Jimmy Page. Ce duo guitar-hero/ chanteur hurleur associé  à une rythmique basse/batterie inimitable va poser les bases d’un genre nouveau : le hard rock. Toutefois c’est aussi par des mélodies magnifiques au parfum folk que Led Zeppelin va produire une influence énorme sur toute l’histoire du rock depuis 1970. « Whole Lotta Love », titre repris au bluesmen Willie Dixon, illustre bien la musique de Led Zeppelin où se succèdent alternativement moments de calme et déferlante sonique. Le groupe a également bâti sa légende avec des prestations scéniques hors normes, avec des improvisations de guitare ou des batteries de 10 minutes.
Après la mort du batteur John Bonham à 32 ans, le groupe se dissous en 1980.

 

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« The partisan » – Leonard Cohen / 1969

Cette chanson a une belle histoire. Écrite par Anna Marly, en russe en hommage à la résistance soviétique, puis devenue le bien plus célèbre Chant des Partisan avec des paroles de Joseph Kessel et Maurice Druon,  elle devient la Complainte du Partisan après qu’un éminent résistant français, Emmanuel d’Astier de la Vigerie, en eût composé les paroles. Hy Zaret, un prolifique auteur de succès américain entend cette chanson sur la BBC pendant la guerre : elle l’émeut, il en fait la traduction. Longtemps il passera pour son auteur. En 1969, Léonard Cohen, artiste canadien, figure montante de la « contre culture » nord-américaine exhume cette chanson alors oubliée et lui donne une seconde vie, mêlant textes français et anglais. Elle a depuis été reprise par de nombreux chanteurs en France et aux États-Unis. Sur le mode de la complainte, c’est à dire un récit plaintif chargé de mélancolie, la chanson fait parler un personnage qui, sans joie et sans passion apparente, s’engage dans un combat dont il connaît l’issue certaine: la prison, la douleur, la mort. Mais il refuse de vivre à genoux et sait que la liberté reviendra. On note qu’il n’y a aucune ferveur dans le propos, aucune glorification en est attendue, alors que le prix à payer (perdre femme et enfants) est énorme: quand la liberté reviendra, on retournera dans l’ombre de l’anonymat.

Leonard Cohen
Leonard Cohen, né le 21 septembre 1934 au Québec et mort le 7 novembre 2016, est un auteur-compositeur-interprète, musicien, poète, romancier et peintre canadien.
Les premières chansons de Cohen (principalement celles de Songs of Leonard Cohen, 1967)  imposent sa musique folk qui évoluera pus tard vers une pop plus synthétique .
Sa poésie et ses chansons abordent des thèmes aussi divers que l’amour, la religion, la solitude, la sexualité et la complexité des relations entre les hommes. Et les femmes qui occupent un grande place dans sa vie et dans son imaginaire. On compte plus de 1500 reprises de ses chansons, notamment le Partisan,  Suzanne, Sister of Mercy, Bird on Fire.
Au fil des années 70 sa stature sera l’égale de celle d’un Dylan ou d’un John Lennon, celle d’un artiste majeur.
Cohen est introduit au Rock and Roll Hall of Fame en 2008.  Son œuvre poétique a été récompensée par le Prix Prince des Asturies des Lettres 2015.

 

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« Stand » – Sly and the Family Stone / 1969

Stand ! est le titre d’ouverture de l’album du même nom publié par Sly and the Family Stone en 1969. Dès sa parution il sera repris, notamment par les Jackson Five, le groupe de Michael.
C’est leur prestation au festival de Woodstock qui impose le groupe comme symbole d’une époque où l’on brise les murs et les tabous. Le groupe est mixte : noirs/blanc,  hommes/femmes et mélange rock et soul. C’est une première dans l’histoire de la pop.
Son alchimie soul, rock et funk est remarquable et explosive. A juste titre, Joel Selvin, auteur d’une biographie du groupe, écrit : « Il existe deux types de musique noire : la musique noire d’avant Sly Stone, et celle d’après ». D’ailleurs le groupe sera très souvent samplé par la génération hip hop. Conçu en pleine guerre du Viet-nam et après les émeutes de Watts, qui ont rappelé avec quelle violence la société américaine parque les minorités, notamment afro-américaines, le titre et l’album du même nom sont un appel à la résistance digne. Les fragments de comptines que l’on entend ici et là nous révèlent la confiance et la tendresse avec lesquelles Sly regarde l’avenir et les enfants des ghettos. Mais l’espoir sera de courte durée. Le disque suivant, brûlant, s’appelle: There’s a Riot goin’ on.

Sly and the Family Stone
Originaire de San Francisco, Sly and the Family Stone mélangent funk, soul, rock et musique psychédélique. Actif entre 1967 et 1983, le groupe a eu une influence considérable sur de très nombreux artistes pop. Sly and the Family Stone est également l’un des premiers groupes de l’histoire du rock américain comptant des membres de sexes et d’origines éthniques différents.
Dirigé par Sly Stone, le groupe est, comme son nom l’indique, en grande partie constitué de membres de sa propre famille. Les six albums du groupe, ainsi que de nombreux singles, ont tous été bien classés dans les charts et ont eu une influence énorme sur la pop (Prince), le rock (Red Hot Chili Peppers) mais aussi le rap (le groupe a été et reste très souvent samplé). Séparé en 1975 Sly and the Family Stone avait acquis sa notoriété après son très matinal passage au festival de Woodstock. Ils ont été un des phénomènes musicaux les mieux en phase avec la contestation des afro-américains, symbolisée par les Black-Panthers.

 

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« Ain’t got no » – Nina Simone / 1968

Cette chanson issue de la comédie musicale Hair sera magnifiée par Nina Simone, immense artiste et militante des droits civiques. Elle provient de deux chansons. Dans la première, « Ain’t got no » le héros qui n’a plus rien (j’ai pas d’argent, j’ai pas d’éducation, j’ai pas de logement, etc..)évoque la situation désespérée qui va le conduire à s’engager pour faire la guerre du Vietnam. Dans la seconde, I got Life, de retour de la guerre, il constate heureux qu’il est toujours en vie et qu’elle s’ouvre devant lui ( j’ai une âme,  j’ai un cœur, j’ai ma liberté , etc…). La combinaison des deux a permis à Nina Simone de réaliser une splendide métaphore de la situation des afro-américains et, par extension, des minorités  exploitées: privés de tout, ils sont bien vivants et portent l’avenir, semble-t-elle dire.

Nina Simone
Celle qui enregistre plus de cinquante albums au cours de sa carrière et que l’on considère comme  l’une des principales représentantes du jazz vocal, voulait, lorsqu’elle était encore la petite Eunice Kathleen Waymon née en 1933, » devenir musicienne classique mais les réalités de la pauvreté et surtout les préjugés raciaux ont eu raison de ses ambitions. N’empêche: elle est devenue une des chansons les plus connues et admirées au monde. Belle revanche sur le racisme. Son style original est issu de la fusion de chansons gospel et pop. Elle s’engage dans le mouvement de défense des droits civiques et ses textes sont très influents dans la lutte pour l’égalité des droits qui secouent les États-Unis  à cette période. Puissante et radicale, elle est une source d’inspiration pour cette génération mais aussi pour celle à venir, la génération hip hop consciente.

 

« Lucy in the Sky with Diamonds » – The Beatles / 1967

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« Lucy in the Sky with Diamonds », reste gravée dans les mémoires à plus d’un titre. D’une part pour ses initiales: L.S.D qui évidemment nous renvoient à cette substance hallucinogène conçue en Suisse dans les années 40 et adoptée aux Etats-Unis par les poètes de la Beat-Generation friands des états seconds, voire tiers, qu’elle procurait. Elle connut du succès chez les hippies et groupes rock en 1967/68. D’autre part elle a donné son nom à Lucie, un australopithèque,  vieux de 3,2 millions d’années considéré comme le plus ancien ancêtre de l’homme, découvert en 1974 en Éthiopie par des paléontologues qui écoutaient les Beatles sous leur tente en regardant les étoiles. Quelle histoire ! John Lennon expliqua que la chanson n’était pas une ode à la drogue et que son influence restait Alice au pays des Merveilles de Lewis Carol, dont nous savons qu’il ne prenait pas que du thé. Donc, la boucle est bouclée. Tant pour ses paroles loufoques que sa musique aux riches arrangements , Lucy in the Sky with Diamonds restera comme une pierre angulaire du mouvement psychédélique. La chanson fut interdite par la BBC: l’Establishment britannique ne plaisante pas à l’époque avec ce genres de choses.

The Beatles
En 1967, les Beatles sont aussi « connus que Jesus Christ » déclare leur chanteur John Lennon. Déjà 10 ans d’une carrière formidable  a conduit le groupe des caves de Liverpool et des bars de Hambourg  à la légende du XXème siècle. Mais le groupe ne se contente pas de sortir de bonnes chansons, il veut réaliser un vrai album concept et cohérent. Inspiré par l’esprit libertaire qui souffle alentour, les Beatles sortent « Sergeant Pepper’s Lonely Hearts Club Band », ouvert par « Lucy in the Sky with Diamonds », un album présenté sous une luxueuse pochette avec une mosaïque de personnages célèbres et les paroles des chansons qui a nécessité des mois de préparation à Abbey Road, le fameux studio de Londres,. A l’époque c’est du jamais vu ! Plus d’un demi siècle après, les Beatles restent un foyer d’idées et de couleurs dont nous continuons de mesurer à quel point il a rayonné sur notre monde contemporain. Et ce n’est pas fini !

 

« Blowin in the wind » – Bob Dylan / 1964

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Publiée en 1963 dans le second album de Bob Dylan, Blowin’ In The Wind  est l’archétype de la chanson de protestation à portée humaniste et poétique. Elle deviendra l’hymne de la  génération pacifiste des années 60.
Dans un contexte de départ pour la guerre du Viêt-Nam  et de combats du  mouvement des droits civiques, ce titre transforme le genre protest song – chanson de protestation aux Etats-Unis, souvent d’origine syndicale) en hymne rassembleur et universel. Avec Dylan, le rock n’est plus seulement une histoire d’adolescent turbulent mais englobe désormais conscience politique, fraternité et poésie.

Bob Dylan
Robert Allen Zimmerman, alias Bob Dylan, est né le 24 mai 1941. Jeune, il découvre le blues de Muddy Waters et la country d’Hank Williams. En 1961, il s’installe au Greenwich Village, le quartier bohème de New York. Il commence à y jouer dans des cafés, seul avec sa guitare et son harmonica. Avec le succès de The Freewheelin’ Bob Dylan, son second disque, il incarne cette nouvelle génération contestataire des années 60, alors en pleine recherche d’elle-même. Ses textes évoquent la paix dans le monde, le retrait des troupes américaines du Vietnam et les droits des minorités. Blowin’ In The Wind, premier tube de l’album, deviendra un hymne de cette époque. Son style folk mêle une attitude désintéressée et une voix mi chantée, mi parlée  où se mélangent poésie et engagement humaniste. Après l’avoir électrifié en 1963, sa musique devient plus rock, puis il revient à ses racines folk mais toujours avec la même qualité d’écriture.  Toujours sur la route, Dylan n’aura de cesse de brouiller les pistes quant à ses engagements supposés, refusant d’être le héraut de plusieurs générations. En 1989, Bob Dylan est introduit au Rock & Roll Hall Of Fame et est nommé prix Nobel de Littérature en 2016.

 

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« Funnel of love » – Wanda Jackson / 1961

Dans les États-Unis, conservateurs, puritains réactionnaires de la fin des années 1950, les premiers rockers (Elvis, Holly, Jerry Lee) passent pour des fous furieux « jeunes blancs singeant les noirs ». Ils inquiètent, ils font peur et dans bien des cas il sont interdits, le rock est banni des antennes et des ballrooms. Juste avant que les dollars ne commencent à pleuvoir, mais c’est une autre histoire.
Alors quand femme, jeune et fraîchement sexy, éblouie par Elvis prend sa guitare et chante comme Presley, c’est la subversion de trop. Les disques de rock sont brulés, façon autodafé.
A cette époque, le féminisme n’est encore qu’en concept lointain, égaré dans les villes du nord. Pass de ça ici disent les shérifs du sud. « Woman is the nigger of the World » chantera plus tard John Lennon, dans un raccourci saisissant.

Wanda Jackson
Pionnière du rock dans un milieu d’hommes, Wanda Jackson est née en 1937. Jeune chanteuse country , elle se découvre le rockabilly  et ouvre les shows d’Elvis Presley au début des années 50. Apres avoir enregistré quelques classiques (You Can’t Have my Love, Fujiyama Mama) elle prouve qu’elle n’a rien à prouver aux hommes. Gene Vincent, Carl Perkins, ou encore Jerry Lee Lewis se produisent sur scène avec elle dans des tournées mémorables.
Mais dans l’Amérique de la fin des années 1950, les premiers rockers (Elvis, Buddy, Jerry Lee, Gene) passent aux yeux de la bonne société pour des fous furieux « jeunes blancs singeant les noirs ».
Aussi, quand jeune une femme prend sa guitare et chante comme un garçon c’est la subversion de trop. Elle passe pour une « sorcière »  aux yeux des parents et des institutions. Wanda arrive trop tôt, la société américaine n’est pas prête.
Plus tard, elle retrouvera la musique country mais sa féminité et son côté sauvage resteront comme une pierre angulaire de l’attitude rock (elle est souvent citée comme modèle par Johny Cash, Bruce Springsteen ou Elvis Costello). Jack White des White Stripes lui fait enregistrer un album de pur rock’n’roll en 2010 avec des reprises de Johnny Kidd, Bob Dylan ou Amy Winehouse.

 

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« Fever » – Otis Blackwell / 1956

Auteur-compositeur fulgurant, ce bluesman compose une flottée de titres essentiels, notamment interprétés Elvis Presley. Ce « Fever » est devenu un standard, mille fois repris et réinterprété. Comme beaucoup d’autre artistes afro-américains, Otis Blackwell le signe sous un pseudonyme, John Davenport qui dissimule ses origines. En effet, les premières photos d’artistes noirs n’apparaîtront sur les pochettes qu’à partir du début des années 60. Issu du rythm’n blues, l’expression rock’n roll s’est imposée sur le marché du disque pour des raisons liées à la politique raciale de l’époque. Il fallait en quelque sorte « blanchir » cette musique afin que les disquaires en vendent les disques et les radios les diffusent.

Otis Blackwell
En 1956, sous le pseudonyme de John Davenport, Otis Blackwell écrit « Fever » pour le chanteur Little Willie John qui vend plus d’un million de disques. Reprise deux ans plus tard par Peggy Lee, cette chanson deviendra un classique.
Le 2 juillet 1956, Elvis Presley enregistre une autre de ses chansons, Don’t Be Cruel. Ce morceau se classe pendant sept semaines en tête des meilleures ventes de disques américaines. C’est le début d’une longue et fructueuse collaboration. Cependant Blackwell, n’apparait jamais directement face au public à une époque où la question de droits civiques du peuple noir n’est pas encore abordée. Il écrit pourtant une série de tubes, dont All Shook Up (écrite avec Presley), Il travaille également pour Jerry Lee Lewis et Cliff Richard. Ses compositions ont la particularité de combiner habilement les influences country et rhythm’ & blues. Il ne se contente pas d’écrire et de composer les textes et les musiques, il enregistre aussi toutes ses chansons sous la forme de démos où il chante et s’accompagne au piano et livre un produit fini à ses « clients ». La légende veut d’ailleurs que lui et Elvis ne se soient jamais rencontrés.
Il décède à soixante et onze ans d’une crise cardiaque. Malgré le rôle considérable qu’il a joué dans l’histoire du rock n’ roll, Otis Blackwell reste l’éternel oublié de toutes les récompenses dans ce domaine.