Zebrock. Zèbre Rock ? Ze Brock ? Une expérience musicale et humaniste

Le 30 septembre 2016, Mme Leborgne, professeur documentaliste au lycée Fustel de Coulanges,nous faisait découvrir l’univers ZEBROCK. Drôle de nom : Zèbre Rock ? Ze Brock (lisez « the Brok ») ?
Hum., hum… Intéressant ! Même si nous avions organisé notre progression musicale et artistique avec les élèves historiens des Arts, peut-être valait-il la peine d’aller explorer l’univers de ces drôles d’oiseaux… Leur projet, d’ailleurs, qui consiste à sensibiliser les jeunes gens au fait que la musique qu’ils écoutent n’est pas née avec eux, mais qu’elle résulte d’une lente gestation, musicale mais avant tout sociale, cadrait bien avec la mission de notre option, laquelle propose une histoire « des arts » (dezart, dirait peut-être Zebrock).
Ainsi nous sommes-nous plongés dans l’aventure.  Avec notre groupe de jeunes, nous avons sélectionné parmi la playlist proposée, d’abord trois puis seulement deux œuvres musicales : nous avions retenu d’abord Robert Johnson, Billie Holiday et Bob Dylan. Nous n’avons conservé finalement que les deux derniers pour des raisons plus culturelles qu’artistiques.

Expliquons-nous ! Strange Fruit (1939), de Mademoiselle Holiday, méritait qu’on s’y arrête, qu’on se renseigne sur le contexte historique et politique de la chanson, puis qu’on médite : paroles, musique et images ; ou plutôt, images, paroles et musique, voire images et vécu, musique et parole, sans « –s » cette fois. A l’étude, nous avons mesuré la dimension de la musique : elle fait plus qu’accompagner un chant, elle fait vivre une histoire, ici une histoire de peuple et une histoire personnelle, tragique. La musique et la voix décuplent l’émotion et le sentiment d’écœurement que nous ressentons envers une certaine sorte d’humanité, monstrueuse. En effet, Strange fruit dénonce  les lynchages subis par les  afro-américains aux États-Unis durant la ségrégation de 1865 à 1960 (ils étaient pendus aux arbres voire brûlés dans le Sud). Après cela l’amour perdu de R. Johnson pouvait paraître léger. En tous cas, il nous semblait un peu dérisoire.
Le choix de Bob Dylan, quant à lui, était au départ opportuniste. Monsieur Dylan avait reçu le prix Nobel, n’était-ce pas l’occasion de le faire connaître ?

Il s’est avéré que Blowin’in the wind , première « protest song » de Dylan, paraît-il, faisait résonance avec Strange Fruit, puisque derrière les mots de Dylan on peut mettre tous les maux dont on peut tenir l’humanité responsable, en particulier l’indifférence, l’individualisme face à des faits politiques graves comme la ségrégation raciale et la poursuite vaine de la guerre au Viet Nâm.
C’est forts de ces deux analyses que le vendredi 3 février 2017 nous avons assisté à la conférence de Zebrock et de ses musiciens-chanteurs- pédagogues. Pendant trois heures, ils ont retracé l’histoire du rock, ou plutôt une partie de notre histoire à travers l’évolution de la musique. Certains moments ont été particulièrement intenses, nous a-t- il semblé, quand Zebrock abordait une œuvre avec laquelle nous avions fait préalablement connaissance (il y avait alors de la curiosité, accompagnée d’une certaine fierté de savoir déjà quelques bribes de son histoire), ou encore quand le groupe expliquait la musique de certains groupes cultes, comme les Beatles. S’est dégagé également un sentiment de respect pour les artistes qui venaient, avec une grande humilié, nous transmettre leur passion pour la musique. Dans leur simplicité très naturelle, ils nous ont invités à méditer sur le sens de l’art dans son lien à l’histoire.
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Ainsi, même si nous avons dû renoncer, pour beaucoup, au concert de Zebrock qui avait lieu pendant conseils de classe et sortie théâtrale, l’expérience vécue avec l’association Zebrock a été riche de contenu, tant au plan de la réflexion qu’au plan musical. Qu’ils en soient bien sincèrement remerciés.

Rédactrice de ce billet : Mme Anne Bettuzi, professeur d’Histoire des Arts  (billet s’appuyant sur son travail mené avec sa classe de 1ère L et la conférence de Zebrock)

 

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